Politique/Appel à l’apaisement et à la réconciliation : Quand Renaud Agbodjo révèle sa stature d’homme d’État
À quarante ans à peine, Renaud Agbodjo vient de donner une leçon de maturité politique au Bénin. Dans sa déclaration annonçant son retrait momentané de la vie politique, le candidat évincé du parti Les Démocrates a choisi le chemin de l’apaisement plutôt que celui de la confrontation. Un choix qui étonne et qui force le respect.
Idriss NOUR
Éliminé de la course présidentielle par décision de la Cour constitutionnelle, beaucoup attendaient peut-être de lui une déclaration incendiaire, un appel à la mobilisation, peut-être même à la résistance. Renaud Agbodjo a fait exactement l’inverse. « Nous devons préserver et utiliser toutes les voies de dialogue », a-t-il martelé. Ces mots pèsent lourd dans un contexte où la tentation du repli et de l’affrontement aurait été si facile.
Beaucoup auraient parlé de naïveté politique. Mais à l’analyse, il s’agit plutôt de courage. L’homme de droit connaît le prix du combat judiciaire et politique de par sa profession. Il sait ce que coûtent les crispations et les blocages. Et pourtant, au moment où il aurait pu légitimement céder à l’amertume, il choisit de tendre la main. Son appel aux autorités résonne comme un testament politique. Plutôt que de dénoncer, il exhorte. La nuance est de taille. Elle traduit une vision qui dépasse le simple calcul électoral.
Certains diront que c’est de la faiblesse. Ils auront tort. Il faut beaucoup plus de force pour appeler au dialogue quand on vient d’être écarté que pour attiser les braises de la colère. Les vrais leaders se reconnaissent à ces moments charnières où ils refusent de sacrifier l’avenir du pays pour leur ressentiment du moment. L’insistance de l’avocat sur le respect des libertés et des institutions n’est pas un détail. En insistant sur la préservation des libertés et de la démocratie, Me Renaud Agbodjo est bien conscient que c’est sur ce terrain-là que se joue la crédibilité du Bénin. Un pays peut survivre à une élection controversée. Mais il survit difficilement à la rupture du dialogue et à l’effondrement de ses institutions.
Cette lucidité-là ne s’invente pas. Elle se forge dans l’expérience et dans une compréhension profonde des dynamiques politiques. L’ex membre du principal parti opposé au régime actuel de Cotonou a compris que le Bénin ne peut pas se permettre une nouvelle crise. Que la paix sociale vaut plus qu’une victoire personnelle et que le dialogue est la seule voie durable.
Mais cette maturité peut déranger ceux qui, dans son propre camp, auraient préféré des mots plus durs, des positions plus tranchées. Mais c’est précisément cette capacité à prendre à rebrousse-poil qui fait la grandeur politique. À peine quarante ans, Renaud Agbodjo montre qu’on peut être jeune et sage. Sa déclaration ne marque peut-être pas la fin de sa carrière politique. Elle en révèle au contraire la vraie nature. Celle d’un homme qui refuse de jouer avec le feu quand le pays pourrait brûler.
Le Bénin a besoin de cette génération de leaders qui savent perdre sans tout casser. Qui comprennent que la politique n’est pas un sport de combat mais un art du vivre-ensemble. Renaud Agbodjo vient de prouver qu’il en fait partie. C’est peut-être sa plus belle victoire.