Bénin/Législatives du 11 janvier 2026 : Comment un député dont le nom est cité dans une affaire d’escroquerie foncière a pu se retrouver 2e titulaire sur une liste du BR ?
L’interrogation circule depuis plusieurs jours dans les milieux politiques. Elle est posée avec prudence mais aussi avec un réel malaise. Comment un député dont le nom apparaît dans un litige foncier sensible, porté devant la justice et objet de plusieurs courriers adressés aux autorités, a-t-il pu se retrouver deuxième titulaire sur une liste du Bloc Républicain, le parti qui revendique discipline, crédibilité et rigueur morale ? La question est posée sans préjuger de la culpabilité de qui que ce soit. Nathaniel Sokpoékpé bénéficie pleinement de la présomption d’innocence. Mais les faits rapportés méritent une attention particulière.
Par La Rédaction
Selon le plaignant, Didier Sessi Sessi, une transaction foncière aurait eu lieu en 2020 entre lui et l’élu. Un domaine d’un hectare est acheté pour 16 millions de F CFA. Pour sceller l’affaire, Nathanael Sokpoékpé, déjà député, remet une convention de vente datée de 2019, année où il était encore chef d’arrondissement de Hêvié dans la commune d’Abomey-Calavi. Le plaignant s’interroge. Comment la transaction réalisée en 2020 peut-elle être appuyée par une convention d’une année antérieure ? Le député conteste toute irrégularité. La justice devra dire le droit.
Pendant plusieurs mois, l’acquéreur ne soupçonne rien. Jusqu’au jour où il se rend sur le terrain acquis. Des constructions y sont érigées. Plusieurs chantiers sont en cours par endroits. Son domaine est visiblement occupé par d’autres personnes. L’inquiétude le pousse à demander des clarifications. Et c’est ainsi que M. Sessi se rend à l’évidence. Il a été floué par un ami qui a reverti le manteau d’une autorité politique, un élu national.
En 2023, un accord de remboursement est signé entre avocats. Selon le plaignant, aucun versement n’a été effectué malgré les engagements. L’élu réfute toute accusation d’escroquerie et se dit disposé à éclairer les faits. Face au blocage, Sessi saisit la justice. Des assignations sont envoyées. Les audiences s’enchaînent sans la présence du député, qui invoque son agenda parlementaire. Là encore, tout cela ne constitue pas une preuve de culpabilité. Mais cela alimente un climat d’incompréhension.
Dans les courriers adressés à la Présidence, au parti BR et à diverses autorités, le plaignant dit vouloir simplement obtenir justice. Il affirme aussi avoir appris que l’élu aurait œuvré pour empêcher son intégration sur la liste des candidats du BR pour les élections législatives du 11 janvier prochain. Aucune preuve publique n’en atteste, mais cette information participe au trouble ambiant.
Aujourd’hui, c’est moins la procédure judiciaire qui interpelle que la position politique accordée à l’élu. Une deuxième place sur la liste du BR dans la sixième circonscription n’est pas anodine. C’est un signal politique. Or, en pleine campagne, un dossier aussi sensible pourrait fragiliser l’image d’un parti dont la gouvernance se veut exemplaire.
La question demeure. Pas une question juridique, mais une question de cohérence et de prudence. Comment un parti qui se veut irréprochable peut-il prendre le risque d’exposer ses listes à une telle controverse. Personne ne demande de sanction. Personne ne préjuge de la culpabilité de l’élu. Mais l’inconfort demeure. Et les autorités compétentes savent désormais que ce dossier soulève des interrogations lourdes pour l’opinion.