Plaidoyer pour une loi d’amnistie politique : Quand l’opposition demande à Talon de se faire hara-kiri
Depuis leur retour au Parlement en 2023, les députés du parti Les Démocrates de l’ex-président Boni Yayi, appuyés une partie de l’opposition béninoise, ont fait du retour au pays de ceux qu’ils appellent, subjectivement, les “exilés politiques” un véritable cheval de bataille. Une appellation trompeuse qui, en réalité, dévoie la nature des dossiers. La plupart de ces individus ne sont pas des victimes d’une quelconque persécution politique. Mais bien des acteurs politiques ayant fui soit après avoir été condamnés par la justice, soit par crainte de répondre de leurs actes qu’ils savent, au plus profond d’eux-mêmes, contraires aux intérêts de la République. En parallèle, les mêmes voix réclament la libération de personnalités politiques incarcérées pour des infractions de droit commun, comme si leur statut d’acteurs politiques devait leur conférer un privilège au-dessus des lois.
Par : La Rédaction
La démarche de l’opposition soulève un problème majeur d’équité. Une iniquité morale dont la simple évocation devrait constituer un obstacle rédhibitoire pour toute âme juste. Car, si l’on devait céder à cette pression et adopter une loi d’amnistie ciblée, cela créerait une injustice flagrante envers les milliers d’autres détenus du pays. Des prisonniers qui, pour beaucoup, ont commis des faits nettement moins graves et qui, pourtant, resteraient derrière les barreaux. Pourquoi cette différence de traitement ? Pourquoi cette compassion sélective ? À ce rythme, autant demander au chef de l’État d’ouvrir en grand les portes de toutes les prisons du Bénin et de remettre en liberté l’ensemble des condamnés, quels que soient leurs crimes ou délits.
De plus, l’arrière-plan politique de cette exigence est évident. À quelques mois de la présidentielle d’avril 2026, accorder un retour sans conditions et une remise en liberté à ces figures de l’opposition reviendrait, pour Patrice Talon, à relancer dans l’arène politique des dizaines d’hommes et de femmes qui lui sont farouchement opposés. Un véritable renfort stratégique offert sur un plateau à ses adversaires, à un moment où chaque voix comptera. On ne demande donc pas seulement au président de faire preuve de clémence : on lui demande, ni plus ni moins, de se tirer une balle dans le pied, de se faire hara-kiri politique.
En réalité, cette revendication, voire ce chantage, ne relève pas d’un élan démocratique, mais d’un calcul électoral froid. Ceux qui l’expriment savent parfaitement qu’une telle mesure renforcerait mécaniquement leurs chances de reconquête du pouvoir. Derrière les discours larmoyants sur l’“apaisement”, ‘’les assises nationales’’ et la “réconciliation nationale” se cache une manœuvre destinée à reconstituer, à la hâte, des forces politiques affaiblies par leurs propres erreurs et dérives passées.
Ainsi, céder à ce chantage reviendrait à piétiner l’État de droit et à rompre l’égalité de tous devant la loi, au profit de quelques privilégiés politiques. Le Bénin, qui s’est engagé depuis plusieurs années dans un processus de modernisation institutionnelle et de fermeté judiciaire, ne saurait se permettre une telle régression. L’histoire retiendra que ceux qui brandissent aujourd’hui la bannière de la “liberté” sont souvent les mêmes qui, hier, ont contribué à fragiliser la démocratie et à ternir l’image du pays par leurs agissements.
Face à ce jeu dangereux, le chef de l’État n’a qu’une seule option : rester ferme, ne pas céder à la pression, et rappeler que la justice ne se négocie pas, encore moins à la veille d’une échéance électorale décisive.