Bénin/Scandales politico-financiers entre 2006 et 2016 : Boni Yayi, président de tout et responsable de rien

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Entre 2006 et 2016, le Bénin a été gouverné par un chef d’État au style unique : Boni Yayi. Omniprésent sur la scène publique, multipliant les discours fleuves et les inaugurations, s’impliquant dans des dossiers allant du coton aux concours administratifs, il cultivait l’image d’un président qui avait un œil sur tout. Pourtant, à chaque fois qu’un scandale politico-financier éclatait, sa réponse demeurait la même : il n’était pas informé. Cette posture, répétée au fil des années, a fini par provoquer la stupéfaction chez beaucoup, tant elle contrastait avec l’hyperactivité affichée du dirigeant.

Par la Rédaction

Ainsi, dès son premier mandat, l’affaire ICC-Services éclate : des milliers d’épargnants sont ruinés par un système illégal de placement d’argent, toléré et même encouragé par certaines autorités. Le scandale est d’une ampleur inédite, impliquant des proches collaborateurs du chef de l’État, des élus et des hauts fonctionnaires. Mais Boni Yayi, malgré les alertes précoces, affirme n’avoir rien su avant l’explosion publique de l’affaire. Puis vient la gestion des intrants agricoles et du coton, secteur stratégique qu’il avait pourtant placé sous sa supervision directe. Des milliards de francs CFA disparaissent dans des surfacturations et des marchés attribués dans des conditions douteuses, mais là encore, le président se dégage de toute responsabilité.

De tels exemples de mauvaise gestion entre 2006 et 2016 peuvent être cités à la pelle. Il y a, entre autres cas, la réfection de la route Akassato-Bohicon, annoncée comme une priorité nationale, se transforme en gouffre financier. Les coûts explosent, les délais s’étirent, et les travaux restent inachevés à la fin de son mandat. Dans le même temps, des projets comme l’aéroport de Tourou à Parakou ou certains programmes d’adduction d’eau potable engloutissent des sommes colossales pour des résultats dérisoires. À cela s’ajoutent les zones d’ombre dans la gestion du port autonome de Cotonou, avec des contrats de concession signés dans l’opacité et au bénéfice d’intérêts privés étrangers, souvent au détriment des recettes de l’État.

Or, à chaque mise en cause, Boni Yayi recourt à la même ligne de défense : il n’était pas au courant. Pourtant, il n’hésitait pas, dans d’autres circonstances, à rappeler qu’il suivait personnellement les dossiers, qu’il demandait des comptes à ses ministres et qu’il contrôlait l’action gouvernementale « du début à la fin ». Ce décalage a nourri l’idée que son ignorance proclamée n’était qu’un paravent politique, une façon de s’approprier les réussites tout en laissant les échecs et les dérives retomber sur ses subalternes.

En définitive, s’il a incontestablement laissé quelques réalisations visibles, Boni Yayi a surtout marqué l’histoire du Bénin comme un président à la fois central et insaisissable, dont la décennie au pouvoir fut jalonnée de scandales financiers majeurs qu’il n’a jamais assumés. Présent partout, il se voulait le maître d’orchestre du développement national ; responsable de tout en apparence, il aura finalement choisi d’être comptable de rien.

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