Bénin/La santé sous perfusion de réformes : Ce que Talon change vraiment dans les hôpitaux

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Souvent critiqué sur des sujets politiques, le régime de Patrice Talon avance pourtant en silence dans un domaine vital : la santé. Sans effets d’annonce tonitruants, sans poses de première pierre et sans réception officielle, à grand renfort médiatique, de matériels de soins de santé, le Gouvernement béninois restructure les infrastructures hospitalières depuis 2016. Il améliore la qualité des soins à travers un plateau technique moderne. Mais surtout, il numérise la gestion sanitaire. Analyse d’un secteur en pleine mutation.

Par Houéfa CICA

Pendant des années, l’hôpital public béninois était synonyme de vétusté, de grèves récurrentes et de manque de matériel et surtout de soins médiocres avec à la clé des décès dramatiques et incompréhensibles dans un pays civilisé. Mais depuis 2017, la donne a changé et une dynamique nouvelle est à l’œuvre.

En effet, le gouvernement a lancé un vaste programme de réhabilitation des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU), notamment à Cotonou, Abomey-Calavi, Parakou, et Porto-Novo. Ces chantiers visent non seulement à rénover les bâtiments, mais aussi à les équiper d’appareils médicaux modernes (scanners, blocs opératoires, laboratoires). Il a également mis en place une politique pour une meilleure formation du personnel soignant et procédé à de massifs recrutements dans le secteur. Le but est clair : réduire les évacuations sanitaires coûteuses à l’étranger, en offrant localement des soins de qualité.

Autre réforme notable : la réorganisation de la gouvernance hospitalière. Fini les postes distribués par clientélisme. Les directeurs d’hôpitaux sont désormais recrutés selon des critères de compétence, avec des objectifs de performance clairement définis. Le ministère de la Santé a également mis en place des audits réguliers, et introduit une culture de résultats, longtemps absente du secteur public. Il aura également réussi à sonner le glas d’un système de détournement de médicaments et de produits de santé par les praticiens hospitaliers, une véritable filière décrite comme très lucrative dans le secteur. Ce nouveau management met ainsi fin à une certaine impunité dans la gestion des ressources.

La digitalisation, arme de bonne gouvernance

L’une des réformes les plus silencieuses, mais potentiellement les plus structurantes, est la digitalisation progressive du système de santé. Désormais, les grands hôpitaux publics s’équipent de dossiers médicaux électroniques, de systèmes de prise de rendez-vous en ligne, et de suivi numérique des stocks de médicaments. Objectif : limiter la corruption, fluidifier le parcours du patient et renforcer la transparence. Selon certaines indiscrétions, des applications mobiles sont en cours de développement pour faciliter l’accès à l’information médicale, notamment dans les zones rurales.

Mais au-delà des colossaux investissements pour la construction des hôpitaux et des centres de santé, le Gouvernement Talon a renforcé les campagnes de prévention : lutte contre le paludisme, vaccination, santé maternelle, dépistage du cancer du col de l’utérus, etc. En outre, les Agents de Santé Communautaires (ASC) sont de plus en plus impliqués pour couvrir les zones isolées et sensibiliser la population. Une approche proactive, en rupture avec l’ancienne logique d’attente passive des malades dans les centres.

Malgré ces avancées, des résistances persistent. Certains syndicats critiquent le rythme d’exécution des réformes. D’autres dénoncent un manque de dialogue. Mais au fond, une culture de la responsabilité est en train d’émerger dans un secteur longtemps miné par l’absentéisme, les pots-de-vin et la démotivation.

Ces réformes ne font peut-être pas la une des journaux, mais elles changent le quotidien de milliers de Béninois. À terme, si elles se poursuivent et s’amplifient, le Bénin pourrait devenir un modèle régional en matière de gouvernance sanitaire, comme il l’est déjà dans le domaine énergétique. Le pays pourrait également mettre en place un tourisme de la santé. Cela passe par le renforcement du matériel et du personnel du tout nouveau Centre hospitalier international de Calavi (Chic). L’objectif est d’attirer une riche clientèle de patients fatigués des procédures d’obtention de visas pour aller se faire soigner en Europe ou aux Etats-Unis d’Amérique. Autre point sur lequel le régime de Cotonou est attendu : il s’agit de la généralisation de l’assurance maladie ARCH à toutes les couches de la population.

La politique de santé du Gouvernement Talon est à l’image de sa méthode : discrète, technique, exigeante. Peu spectaculaire, mais profondément transformatrice. Si la tendance se confirme, le Bénin n’aura plus besoin de tendre la main à l’étranger pour soigner ses enfants. Il aura bâti, chez lui, une vraie souveraineté sanitaire.

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