Alliance des Etats du Sahel/Bamako assiégée, une situation sans précédent : Vers un effondrement du Mali ?

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Depuis septembre 2025, la capitale malienne Bamako vit une situation inédite dans l’histoire récente du pays. Le groupe djihadiste JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin), affilié à Al-Qaïda, a instauré un blocus économique paralysant qui coupe la ville de ses principales routes d’approvisionnement. Les camions-citernes de carburant, vitaux pour l’économie urbaine, sont systématiquement attaqués sur les axes routiers. Les pénuries récurrentes de carburant, d’électricité et de denrées alimentaires créent une atmosphère de siège qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire malienne.

Par Idriss NOUR

Cette stratégie d’asphyxie économique, plus efficace qu’une attaque frontale, démontre l’évolution tactique des groupes djihadistes. Plutôt que de tenter de prendre Bamako par la force, le JNIM a opté pour une guerre d’usure qui met à genoux la capitale sans tirer un coup de feu dans ses rues. En septembre 2024 déjà, le groupe avait franchi un cap symbolique en attaquant directement l’aéroport international Modibo-Keïta et une base militaire dans la capitale, une première depuis près d’une décennie. Ces attaques audacieuses envoyaient indiquent clairement que même le cœur du pouvoir n’est plus à l’abri.

Mais au-delà du blocus de Bamako, plusieurs indicateurs suggèrent que le Mali pourrait être au bord de l’effondrement institutionnel. De vastes zones du pays échappent désormais totalement au contrôle de l’État. En 2025, près de 20% de l’activité violente du JNIM au Mali a eu lieu dans l’ouest et le sud du pays, des régions précédemment épargnées, avec un doublement des victimes dépassant les 450 morts.

Le groupe terroriste contrôle des villes stratégiques comme Farabougou, tombée en août 2025, et multiplie les attaques dans la région de Ségou, coupant l’artère vitale entre Bamako et le centre du pays. Cette progression territoriale inexorable réduit l’autorité gouvernementale à quelques grandes villes, transformant de facto le Mali en un archipel urbain gouvernemental au milieu d’une mer d’insécurité contrôlée par les groupes armés.

L’exode massif des populations constitue un autre signal alarmant. Des centaines de milliers de personnes fuient vers les pays voisins, principalement la Mauritanie et le Sénégal, abandonnant leurs villages et leurs terres. Ces déplacements massifs désorganisent les économies rurales, perturbent les récoltes et créent une crise humanitaire qui dépasse les capacités de réponse des autorités.

Des tensions internes préoccupantes pourraient aggraver cette situation. En effet, des rapports confidentiels font état de divisions croissantes au sein des forces de sécurité maliennes. La méfiance mutuelle entre les Forces armées maliennes (FAMa) et les mercenaires russes de l’Africa Corps s’intensifie. Les tensions portent sur le partage du renseignement, la conduite des opérations, et surtout sur les responsabilités des échecs militaires répétés.

Ces frictions internes, dans un contexte où le moral des troupes est au plus bas après des années de revers militaires, constituent un facteur de fragilité supplémentaire. L’armée malienne, malgré les acquisitions récentes d’équipements, reste incapable de briser le blocus ou de reprendre l’initiative face au JNIM. Les tentatives d’escortes militaires pour protéger les convois de carburant se soldent régulièrement par des embuscades meurtrières, démontrant la supériorité tactique des insurgés.

Le Mali se trouve aujourd’hui à un point de bascule critique. Les prochains mois détermineront si le pays parvient à se stabiliser ou s’il sombre dans un effondrement dont les conséquences dépasseraient largement ses frontières. Pour éviter le pire, il faudrait une combinaison peu probable de soutien international renouvelé, de réformes politiques profondes, d’ouverture au dialogue et de succès militaires significatifs.

Sans ces changements, le scénario d’un État malien réduit à quelques enclaves urbaines assiégées, incapable de contrôler son territoire ou de protéger sa population, n’est plus une hypothèse d’école mais une perspective de plus en plus plausible. L’histoire jugera sévèrement les acteurs, à commencer par le double putschiste Assimi Goïta, qui n’auront pas su prévenir cette catastrophe annoncée.

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