En 2025, la crise énergétique frappe de plein fouet l’Afrique de l’Ouest. Le Nigeria, le Niger ou encore la Côte d’Ivoire, tous pourtant pays producteurs de pétrole, traversent des périodes de délestages massifs. Mais le Bénin arrive à tirer son épingle du jeu. Le pays maintient une relative stabilité énergétique. Une performance qui n’est pas due au hasard, mais à une politique volontariste et pragmatique initiée depuis 2016.
Par Renaud ACCROMBESSY
À Lagos, les coupures de courant sont quotidiennes et sont érigées en mode gestion dans le pays. À Niamey, la situation était précaire avant le putsch du 26 juillet 2023. Mais depuis la junte de Tiani peine à fournir de l’électricité au peuple à maintenir les infrastructures vitales pour l’économie nationale. À Abidjan, même si la situation n’est aussi catastrophique, les surcharges du réseau menacent la croissance du pays et de la sous-région.
Dans ce contexte, le cas béninois détonne. Pas parce que le pays a atteint l’indépendance énergique promise par le Chef de l’Etat, mais parce que les fondamentaux ont été assainis. Le pays, jadis fortement dépendant de ses voisins pour son approvisionnement, a amorcé une révolution silencieuse de son secteur énergétique.
Dès son arrivée au pouvoir, le président Patrice Talon a identifié l’énergie comme un levier prioritaire de développement économique et social. Avec en ligne de mire la garantie d’un accès à une électricité stable, accessible et fiable, indispensable pour attirer les investisseurs, soutenir la transformation industrielle, et couvrir les besoins des ménages. Cela s’est notamment traduit par : la renégociation des contrats de fourniture régionale (notamment avec le Nigéria et le Ghana) ; le développement de centrales thermiques locales (Maria-Gléta 2) ; la promotion des énergies renouvelables, notamment solaires ; et enfin surtout, une gouvernance rigoureuse à la tête de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee), avec la nomination de profils technocrates et compétents.
Les effets tangibles de cette vision nouvelle pour le secteur énergétiques sont fragrants. Les délestages ont diminué de manière significative. La qualité du service s’est améliorée. La Sbee devient peu à peu une entreprise publique crédible, au service de l’intérêt général. Inimaginable jusqu’au départ du régime de Boni Yayi en 2016, elle parvient même à payer éponger une partie de ses colossales dettes, séquelles de plusieurs décennies de gestion à vue.
Dans un pays où l’insécurité énergétique était autrefois la norme, la stabilité actuelle est perçue comme un véritable tournant, voire un miracle. Les entreprises peuvent mieux planifier. Les investisseurs affluent. Les ménages respirent. Et l’État gagne en légitimité.
Pendant que certains voisins s’enfoncent dans la crise faute de réformes structurelles, le Bénin, sans ramdam ni vacarme, trace une trajectoire qui inspire. Sans ressources naturelles majeures ni pétrole, Patrice Talon prouve qu’il est possible d’assurer l’électricité en misant sur la planification et le partenariat public-privé, le tout sur fond de gouvernance vertueuse. Preuve de cette reconnaissance des mérites communs du Bénin depuis 2016, des délégations venues du Togo, du Burkina Faso, et même du Sénégal ont déjà exprimé leur intérêt pour le “modèle béninois de transition énergétique”.
Mais il faut, par honnêteté, reconnaitre que tout n’est pas rose. De nombreux efforts restent à faire. Le taux d’accès à l’électricité reste perfectible, surtout en zone rurale. Le coût de l’énergie reste encore élevé pour les petites entreprises et les ménages moyens. Et la dépendance régionale, bien que réduite, n’a pas totalement disparu. La qualité du service peut être revue pour plus de satisfaction des clients de la Sbee.
Mais une chose est certaine : le cap est bon, et les résultats sont là. Le Bénin a cessé d’improviser dans le secteur de l’énergie. Avec une vision claire, il investit et exécute. Dans un continent souvent plombé par les coupures de courant, le Bénin sort progressivement, mais inéluctablement de l’obscurité. Et électrise les espoirs des pays de la sous-région.